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Bruckner, Symphony No. 8 - Pierre Boulez, Wiener Philharmoniker
Madame RECAMIER (David)
Mémoires d'Outre-tombe

"Je me demandais si je voyais un portrait de la candeur ou de la volupté. Je n'avais jamais inventé rien de pareil et plus que jamais je fus découragé"

Chateaubriand évoque sa première rencontre avec Mme Récamier:

"Ce fut Christian de Lamoignon qui me présenta à Madame Récamier ; elle demeurait dans son élégante maison de la rue du Mont-Blanc. Au sortir de mes bois et de l'obscurité de ma vie, j'étais encore tout sauvage ; j'osai à peine lever les yeux sur une femme, entourée d'adorateurs, placée si loin de moi par sa renommée et sa beauté.

 

 

Environ un mois après, j'étais un matin chez Madame de Staël ; elle m'avait reçu à sa toilette ; elle se laissait habiller par Mlle Olive, tandis qu'elle causait en roulant dans ses doigts une petite branche verte : entre tout à coup Madame Récamier vêtue d'une robe blanche ; elle s'assit au milieu d'un sofa de soie bleue ; Madame de Staël restée debout continua sa conversation fort animée et parlait avec éloquence ; je répondais à peine les yeux attachés sur Madame Récamier. Je me demandais si je voyais un portrait de la candeur ou de la volupté. Je n'avais jamais inventé rien de pareil et plus que jamais je fus découragé ; mon amoureuse admiration se changea en humeur contre ma personne. Je crois que je priai le ciel de vieillir cet ange, de lui retirer un peu de sa divinité, pour mettre entre nous moins de distance. Quand je rêvais ma Sylphide, je me donnais toutes les perfections pour lui plaire ; quand je pensais à Madame Récamier je lui ôtais des charmes pour la rapprocher de moi : il était clair que j'aimais la réalité plus que le songe.

 

Madame Récamier sortit et je ne la revis plus que douze ans après.

 

Douze ans ! Quelle puissance ennemie coupe et gaspille ainsi nos jours, les prodigue ironiquement à toutes les indifférences appelées attachements, à toutes les misères surnommées félicités ! Puis par une autre dérision, quand elle en a flétri et dépensé la partie la plus précieuse, elle nous ramène au point du départ de nos courses. Et comment nous y ramène-t-elle ? L'esprit obsédé des idées étrangères, des fantômes importuns, des sentiments trompés ou incomplets d'un monde qui ne nous a laissé rien d'heureux. Ces idées, ces fantômes, ces sentiments s'interposent entre nous et le bonheur que nous pourrions encore goûter. Nous revenons le coeur souffrant de regrets, désolés de ces erreurs de jeunesse, si pénibles au souvenir dans la pudeur des années. Voilà comme je revins après être allé à Rome, en Syrie ; après avoir vu passer l'Empire, après être devenu l'homme du bruit, après avoir cessé d'être l'homme du silence et de l'oubli, tel que je l'étais encore, quand je vis pour la première fois Madame Récamier.

 

Qu'avait-elle fait ? Quelle avait été sa vie ?"

 

Mémoires d'Outre-tombe, Sur Madame Récamier

François-René de Chateaubriand (1768 - 1848)

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ASTRID BERGES-FRISBEY - L'INFANTE - LA REINE MORTE - HENRY DE MONTHERLANT - REALISATION DE PIERRE BOUTRON
Henry de Montherlant

"...à l'obscurité de l'église, je finis par vous perdre de vue. Je fis donc rappeler la marquise, et lui enjoignis de déchirer un peu votre mante... La déchirure s'ouvrait sur votre cou. Je vous ai suivie à cette petite blancheur qui bougeait dans la pénombre. Je vous ai regardée longuement, doña Inès. Et j'ai vu que don Pedro avait raison de vous aimer." - L'InfanteLa Reine Morte - Henry de Montherlant


Henry de Montherlant : "L'Infante est, avec le Roi, le plus rare caractère de la pièce. Grande, elle s'oppose à Inès - qui est douce, - comme, dans Les Jeunes Filles, Andrée Hacquebaut s'oppose à Solange. Une enfant. Malade d'orgueil. Malade d'impuissance : celle qui ne peut pas convaincre. Malade d'étrangeté. Attirée vers Inès, sa rivale heureuse, alors que n'importe quelle femme, à sa place, haïrait Inès ; mais c'est qu'elle n'est pas femme tout à fait. Névropathe, comme le Roi. Elle a son langage à elle, sa "chanson heurtée, elliptique" (Barrès) - "déjà toute pleine du large, déjà mon âme, à contre-vent, était rebroussée vers toi", - un débit de gave navarrais, des images hagardes : la route, pour elle, est "pâle comme un lion", elle sent dans "son intérieur" une épée de feu, etc. Inès, c'est l'espoir. L'Infante, c'est le désespoir : elle hurle sans arrêt. Sa poésie est triste et convulsive ; celle d'Inès était triste et étale. Ferrante la compare à un oiseau ; mais auquel ? Au "fauve rossignol" d'Eschyle, à Cassandre. Elle n'apparaît que deux fois. Elle se jette "comme une vague" contre Ferrante. Puis elle se jette contre Inès. Puis elle revient : elle n'est plus qu'une ombre, et elle supplie encore. "Elle répète toujours le même cri, comme l'oiseau malurus, à la tombée du soir, sur la tristesse des étangs." Puis l'oiseau cesse son cri, et la nuit est close. Il y a dans Eschyle des noms de pays, des noms de métaux, dont nul dans l'Antiquité ne savaient ce qu'ils étaient : ses énigmes lui donnaient figure d'oracle. Qu'est-ce que l'oiseau malurus ? Quand l'Infante est en pleine crise de sa vie intime, le rappel de Sennachérib, qu'est-ce que cela vient faire là ? L'Infante disparue, il reste dans son sillage le sourire profond de sa supériorité et de la douleur, avec une pointe de démence."


Henry de Montherlant,
extrait d'un article de 1954 :
En relisant La Reine Morte (pièce créée en 1942 à la Comédie Française),
Rôle de l'Infante
dans La Reine morte de Pierre Boutron (2009, d'après la pièce de Henry de Montherlant)
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Sur la mort d'Albertine
Proust / David AGRECH

"La mort d’Albertine est le nœud de La recherche du temps perdu. Après elle, dans Albertine disparue, tout vieillit brutalement et tout meurt

(...)

L’amour d’Albertine était l’alternative à La recherche du temps perdu. Ce n’est pas la révélation de la musique de Vinteuil qui l’écarte mais simplement l’arbitraire de la mort. La seconde lettre est le lieu d’incertitude de ce vaste roman, le signe d’un possible qui reparaît quand on ne l’attendait plus, puis qui s’éteint, scellant ainsi la possibilité d’unTemps retrouvé à venir. Reste qu’Albertine disparue aura été le lieu de la mise en danger de toute l’œuvre et, comme par fascination, le roman choisit de se clore par la répétition en mineur de ce possible écarté, non par la mort cette fois, mais par un laps de temps trop grand, en évoquant un « raté » au cours de la promenade avec Gilberte: le Narrateur y apprend, seulement alors, que leur désir avait concordé tandis qu’ils échangeaient – étant à cet instant inconnus l’un pour l’autre – un regard furtif."

David AGRECH

Lire l'article complet : Sur la mort d'Albertine

 


 

Les mots des deux lettres d'Albertine - Albertine disparue - Proust
A la recherche du temps perdu


Marcel Proust - Lettres d'Albertine - Lues par Orangeno

« Mon Ami,

Pardonnez-moi de ne pas avoir osé vous dire de vive voix les quelques mots qui vont suivre, mais je suis si lâche, j’ai toujours eu si peur devant vous, que, même en me forçant, je n’ai pas eu le courage de le faire. Voici ce que j’aurais dû vous dire. Entre nous, la vie est devenue impossible, vous avez d’ailleurs vu par votre algarade de l’autre soir qu’il y avait quelque chose de changé dans nos rapports. Ce qui a pu s’arranger cette nuit-là deviendrait irréparable dans quelques jours. Il vaut donc mieux, puisque nous avons eu la chance de nous réconcilier, nous quitter bons amis.

C’est pourquoi, mon chéri, je vous envoie ce mot, et je vous prie d’être assez bon pour me pardonner si je vous fais un peu de chagrin, en pensant à l’immense que j’aurai. Mon cher grand, je ne veux pas devenir votre ennemie, il me sera déjà assez dur de vous devenir peu à peu, et bien vite, indifférente ; aussi ma décision étant irrévocable, avant de vous faire remettre cette lettre par Françoise, je lui aurai demandé mes malles.

Adieu, je vous laisse le meilleur de moi-même.

Albertine. »

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« Serait-il trop tard pour que je revienne chez vous ? Si vous n’avez pas encore écrit à Andrée, consentiriez-vous à me reprendre ? Je m’inclinerai devant votre décision, je vous supplie de ne pas tarder à me la faire connaître, vous pensez avec quelle impatience je l’attends. Si c’était que je revienne, je prendrais le train immédiatement.

De tout cœur à vous,

Albertine. »

Les mots des deux lettres d'Albertine (l'Adieu, et la proposition de retour, reçue post mortem)
- Albertine disparue - Proust
‎"Qu'est-ce que la culture, le but de la culture ?
La culture consiste en ce que les moments les plus sublimes de chaque génération composent une chaîne continue à l'intérieur de laquelle on peut vivre."
Nietzsche, Fragment daté de 1872
KAWABATA
Yasunari KAWABATA
"Eguchi n'éprouvait nulle envie, à l'âge qu'il avait, de faire l'expérience d'une nouvelle déconvenue avec une femme. Il était venu dans cette maison, et voilà quelles étaient ses pensées à l'instant critique. Et pourtant, pouvait-il exister chose plus horrible qu'un vieillard qui se disposait à coucher une nuit entière aux côtés d'une fille que l'on avait endormie pour tout ce temps et qui n'ouvrirait pas l'oeil ? Eguchi n'était-il pas venu dans cette maison pour rechercher cet absolu dans l'horreur de la vieillesse ?"
Yasunari KAWABATA
Les belles endormies
Dans l'ordre des écrivains, je ne vois personne au-dessus de Bossuet
Paul Valéry, Sur Bossuet : "...la structure de l'expression a une sorte de réalité tandis que le sens ou l'idée n'est qu'une ombre. (...) Pour ces amants de la forme (...) Bossuet leur est un trésor de figures, de combinaisons et d'opérations coordonnées. (...) Bossuet dit ce qu'il veut. Il est essentiellement volontaire, comme le sont tous ceux que l'on nomme classiques. (...) Il procède par constructions, tandis que nous procédons par accidents; il spécule sur l'attente qu'il crée tandis que les modernes spéculent sur la surprise. (...) Il part puissamment du silence, anime peu à peu, enfle, élève, organise sa phrase, qui parfois s'édifie en voûte, se soutient de propositions latérales distribuées à merveille autour de l'instant, se déclare et repousse ses incidentes qu'elle surmonte pour toucher enfin à sa clé, et redescendre après des prodiges de subordination et d'équilibre jusqu'au terme certain et à la résolution complète de ses forces. (...) Dans l'ordre des écrivains, je ne vois personne au-dessus de Bossuet"

Audio : Extrait d'une oraison funèbre, de Bossuet

Complément : Podcast audio en ligne : L’éloquence de Bossuet - France Culture, Répliques | été 10, par Alain Finkielkraut Jean-Michel Delacomptée, Ecrivain et Jacques Le Brun, directeur d'études honoraire à l'École pratique des hautes études, section des Sciences religieuses, chaire d'Histoire du catholicisme moderne.
has Wagner ever written anything better?




Nietzsche heard the Prelude to Parsifal [Wagner] for the first time in Monte-Carlo in January 1887 :
"When I see you again, I shall tell you exactly what I then understood. Putting aside all irrelevant questions (to what end such music can or should serve?), and speaking from a purely aesthetic point of view, has Wagner ever written anything better? The supreme psychological perception and precision as regards what can be said, expressed, communicated here, the extreme of concision and directness of form, every nuance of feeling conveyed epigrammatically; a clarity of musical description that reminds us of a shield of consummate workmanship; and finally an extraordinary sublimity of feeling, something experienced in the very depths of music, that does Wagner the highest honour; a synthesis of conditions which to many people - even "higher minds" - will seem incompatible, of strict coherence, of "loftiness" in the most startling sense of the word, of a cognisance and a penetration of vision that cuts through the soul as with a knife, of sympathy with what is seen and shown forth. We get something comparable to it in Dante, but nowhere else. Has any painter ever depicted so sorrowful a look of love as Wagner does in the final accents of his Prelude?"

[Letter to Peter Gast (Heinrich Köselitz), January 1887]

YouTube: Wagner, Parsifal,Prelude Act I.
Bayreuth Festival Orchestra, Hans Knappertsbusch
Recorded live, 1962.
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