Les mots des deux lettres d'Albertine - Albertine disparue - Proust
A la recherche du temps perdu


Marcel Proust - Lettres d'Albertine - Lues par Orangeno

« Mon Ami,

Pardonnez-moi de ne pas avoir osé vous dire de vive voix les quelques mots qui vont suivre, mais je suis si lâche, j’ai toujours eu si peur devant vous, que, même en me forçant, je n’ai pas eu le courage de le faire. Voici ce que j’aurais dû vous dire. Entre nous, la vie est devenue impossible, vous avez d’ailleurs vu par votre algarade de l’autre soir qu’il y avait quelque chose de changé dans nos rapports. Ce qui a pu s’arranger cette nuit-là deviendrait irréparable dans quelques jours. Il vaut donc mieux, puisque nous avons eu la chance de nous réconcilier, nous quitter bons amis.

C’est pourquoi, mon chéri, je vous envoie ce mot, et je vous prie d’être assez bon pour me pardonner si je vous fais un peu de chagrin, en pensant à l’immense que j’aurai. Mon cher grand, je ne veux pas devenir votre ennemie, il me sera déjà assez dur de vous devenir peu à peu, et bien vite, indifférente ; aussi ma décision étant irrévocable, avant de vous faire remettre cette lettre par Françoise, je lui aurai demandé mes malles.

Adieu, je vous laisse le meilleur de moi-même.

Albertine. »

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« Serait-il trop tard pour que je revienne chez vous ? Si vous n’avez pas encore écrit à Andrée, consentiriez-vous à me reprendre ? Je m’inclinerai devant votre décision, je vous supplie de ne pas tarder à me la faire connaître, vous pensez avec quelle impatience je l’attends. Si c’était que je revienne, je prendrais le train immédiatement.

De tout cœur à vous,

Albertine. »

Les mots des deux lettres d'Albertine (l'Adieu, et la proposition de retour, reçue post mortem)
- Albertine disparue - Proust
Dans l'ordre des écrivains, je ne vois personne au-dessus de Bossuet
Paul Valéry, Sur Bossuet : "...la structure de l'expression a une sorte de réalité tandis que le sens ou l'idée n'est qu'une ombre. (...) Pour ces amants de la forme (...) Bossuet leur est un trésor de figures, de combinaisons et d'opérations coordonnées. (...) Bossuet dit ce qu'il veut. Il est essentiellement volontaire, comme le sont tous ceux que l'on nomme classiques. (...) Il procède par constructions, tandis que nous procédons par accidents; il spécule sur l'attente qu'il crée tandis que les modernes spéculent sur la surprise. (...) Il part puissamment du silence, anime peu à peu, enfle, élève, organise sa phrase, qui parfois s'édifie en voûte, se soutient de propositions latérales distribuées à merveille autour de l'instant, se déclare et repousse ses incidentes qu'elle surmonte pour toucher enfin à sa clé, et redescendre après des prodiges de subordination et d'équilibre jusqu'au terme certain et à la résolution complète de ses forces. (...) Dans l'ordre des écrivains, je ne vois personne au-dessus de Bossuet"

Audio : Extrait d'une oraison funèbre, de Bossuet

Complément : Podcast audio en ligne : L’éloquence de Bossuet - France Culture, Répliques | été 10, par Alain Finkielkraut Jean-Michel Delacomptée, Ecrivain et Jacques Le Brun, directeur d'études honoraire à l'École pratique des hautes études, section des Sciences religieuses, chaire d'Histoire du catholicisme moderne.
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